L’Afrique en B.O

La cinématographie de l’Afrique noire francophone est riche de plus de 1200 films de fiction – pour la moitié -, documentaires et ethnologiques: cela veut dire des centaines d’heures de musique, qui nous emmènent à la source même de toutes les musiques, le blues, le jazz, la soul, la samba etc. Catherine Ruelle, journaliste cinéma de RFI, Christiane Sand et Michel Silvent, se sont associés pour faire l’inventaire des B.O. et en partager avec le public leur diversité, leur vitalité, leur actualité. Une collection de dix CDs de quinze titres chacun sortira dans le commerce début 2005.

Christiane Sand et Michel Silvent nous présentent ici leurs trouvailles après des heures de visionnages et d’écoutes :

Quels types de musiques entend-t-on dans les films africains?

C.S et M.S: «Il y a bien sûr de la musique de commande mais on trouve également des musiciens de rue et de la musique pré-enregistrée. En ce qui concerne la musique de commande, il arrive souvent qu’il y ait au générique une chanson thème qui reprend le titre du film. Pour les musiciens des rues, ça se passe souvent comme ça : le réalisateur embauche des musiciens qui suivent le tournage et composent au fur et à mesure. Ils sont payés et disparaissent, ce qui pose évidemment d’énormes problèmes de droits par la suite lorsque ces enregistrements doivent être publiés. Ces musiciens jouent de la musique traditionnelle, de danses, d’évènements particuliers dans les villages, rituels, etc. On y entend également des griots. Les musiques pré-enregistrées occupent une grande place : on y trouve de tout, des musiques populaires, de variété, traditionnelles, de danses etc…

Faire l’inventaire des musiques de films africains, c’est remonter à la source des musiques actuelles : par exemple, en 1972 Moïse Ze Lecourt, Camerounais, a tourné un documentaire sur le mvet, un instrument à une corde qui se compose d’une tige de bois sur laquelle on a fixé des calebasses, la corde étant fabriquée avec l’écorce. Les musiciens, loin de toute source de musique extérieure qui aurait pu les inspirer, jouent avec le mvet de vrais riffs de blues. La même observation est valable pour la samba : elle vient de l’Angola, sans aucun doute. Elle a emprunté la route des esclaves.»

Y a t il des musiques attachées à un moment particulier de l’histoire politique d’un pays?

«Oui, par exemple, pendant l’indépendance de la Guinée, les gens reprenaient en chœur la chanson «Non», qu’on entend dans le film de Valéry Gaillard, Le jour où la Guinée a dit non. Dans Tsuma, le feu, de Kollo Daniel Sanou, on entend une autre chanson liée à un évènement politique: Indépendance Cha Cha, le premier hymne des indépendances d’Afrique, enregistré et joué au moment de l’indépendance du Congo (1960) par l’African Jazz, l’orchestre de Joseph Kabasselé, dit Grand Kallé, dont Manu Dibango faisait partie.»

Quels sont les compositeurs africains qui n’écrivent que pour le grand écran?

«Les musiciens sont moins spécialisés qu’en Occident. Ils jouent parfois dans le film dont ils composent la musique. Un exemple typique est Georges Anderson, acteur et musicien dans Music Man, d’Ola Balogun (Niger). Sotigui Kouyaté est aussi acteur et musicien. Ils sortent des disques de chansons qui ne sont particulièrement destinées au cinéma. Ce sont les réalisateurs qui piochent dans leurs répertoires. Dans les compositeurs, il y a des artistes comme Wasis Diop, qui font à la fois des albums et des BO. Wasis Diop peut être considéré comme un des initiateurs de la world music. Parmi les plus connus, on peut, également, citer Francis Bebey, Pierre Akendengué, Manu Dibango et bien d’autres…»

propos recueillis par Jean-François Danis

Source : www.rfimusique.com
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